Acheter au plus près... C'est souvent une volonté des consommateurs. Mais derrière le mot "local" se cachent des réalités parfois surprenantes. On vous dit tout.
Véronique Bourfe-Rivière.

Militantisme
"La vente directe est aussi ancienne que l'agriculture elle-même, explique Sophie Dubuisson-Quellier, directrice de recherche au CNRS. Les producteurs ont toujours commercialisé une partie de leur production auprès des consommateurs." Une pratique qui s'est développée dans les années 1970, en lien avec "le retour à la terre".
Au tournant des années 2000, la notion de circuit court est "devenue un moyen, pour ceux qui la promeuvent, de souligner que les distances tant géographiques qu'organisationnelles entre ceux qui produisent et ceux qui consomment sont devenues trop longues et doivent être raccourcies".
Mais "certains travaux montrent que la petite échelle et la multiplication des petits parcours pourraient jouer en défaveur du bilan énergétique des exploitations en circuit court". Les choses ne sont pas aussi simples qu'il n'y paraît !
Produit de saison
Là, c'est plus clair : peut-on oui ou non produire cet aliment en respectant le cycle de la nature ? La question est valable pour les fruits et légumes, mais aussi, on l'oublie trop souvent, les fromages, en fonction des périodes de lactation des animaux. Des tomates en hiver, cultivées à des kilomètres et/ou produites sous serre, probablement chauffées, ont un mauvais bilan carbone, et un mauvais goût aussi, comparé à celui de tomates de plein été. Attention, un produit de saison n'est pas forcément local. Les belles oranges qui arrivent en hiver dans le nord du pays ne sont pas locales, bien que de saison !
Ah, le produit local !
Soyons clair, local n'est pas une garantie de qualité. Et d'abord, c'est quoi local ? Quelle distance ? Une étude sur les produits locaux, menée par le Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux, précise qu'il "n'y a pas de définition officielle. Différentes initiatives, publiques ou privées, déterminent leurs propres critères géographiques, de quelques kilomètres à 640 km".
Ainsi pour la Ville de Paris, l'approvisionnement est considéré comme local si les aliments sont produits à moins de 250 km, alors que le Conseil départemental de Charente définit comme locaux les produits provenant d'au plus 100 km alentour. Le terme local est très relatif. Lorsque j'achète un aliment produit à 10 km de chez moi, donc un produit local, et que je l'emporte chez des amis à 500 km, est-il toujours local ? 19% des consommateurs qui ne consomment jamais de bio privilégient les produits locaux.
53%
En 2020, plus de la moitié des agriculteurs bio commercialisent leur production via une filière courte, contre 19% pour les exploitants conventionnels (source : Agreste). La vente directe des produits alimentaires bio ne cesse d'augmenter et représente 13% du marché alimentaire bio.
Le vin est le produit le plus vendu en direct (39%), devant les fruits et légumes (30,8%) (source : Agence Bio).
Circuit court
La définition légale est claire : c'est un mode de commercialisation des produits agricoles qui s'exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur - ferme, marché, Amap, etc. -, soit par la vente indirecte, à condition qu'il n'y ait qu'un seul intermédiaire entre l'exploitant et le consommateur. mais il n'y a pas de notion de proximité physique ; si j'achète du sucre de canne en direct à un producteur des Antilles depuis l'Hexagone, c'est du circuit court !
À contrario, le circuit long passe par plusieurs intermédiaires - grossiste, détaillant, négociant, distributeur - avant d'arriver chez le consommateur. Et cela peut très bien se faire dans un périmètre géographique restreint, pourquoi pas ?
Sophie Dubuisson-Quellier parle de deux contextes qui ont favorisé l'essor du circuit court : les crises sanitaires, qui ont généré de la défiance vis-à-vis des modes de production. Et la montée des préoccupations environnementales.
ÇA C'EST BIOCOOP !
Entretien avec Chantal Chauvin, responsable de la prospection et des produits territoriaux. Si l'on vous dit...
- Local
Pour notre réseau national de plus de 740 magasins, le local est une priorité. Les magasins achètent certains produits nationalement par l'intermédiaire de nos quatre plateformes logistiques et se fournissent le plus possible localement. Notre définition du local, c'est un producteur ou transformateur situé au maximum à 150 km du magasin Biocoop, une règle posée il y a plusieurs années. Mais dans les faits, la moyenne est de 40 km. C'est aussi très relatif selon les régions. Pour les magasins parisiens, si cette moyenne était la règle, ils auraient beaucoup moins de produits locaux ! Enfin dans cette règle, nous n'acceptons pas les "colleurs d'étiquettes", les produits locaux que nous pouvons retrouver dans nos magasins Biocoop doivent être cultivés et/ou transformés localement.
- Circuit court
Nous limitons le plus possible les intermédiaires, les magasins passent dès qu'ils le peuvent en direct avec les producteurs de leur zone géographique.
- De saison
Les fruits et légumes de saison, c'est une obligation inscrite dans le cahier des charges Biocoop. Les magasins suivent scrupuleusement le calendrier de saisonnalité, qui est par ailleurs sur notre site.
Article extrait du n°138 de CULTURE BIO, le mag de Biocoop, distribué gratuitement dans les magasins du réseau, dans la limite des stocks disponibles.
